Anthropocène, ou pas. Capitalocène, Plantationocène, Chthulucène ? Rien à foutre ! Rien à foutre des « cènes » du XXIe siècle qui nous emmènent dans un temps beaucoup trop long, géologique, et nous empêchent de penser et d’agir, maintenant.
Ces concepts et ces nuances sont utiles quand on a déjà compris. Ils sont inopérants pour comprendre. Encore plus pour agir.
Fuck l’Anthropocène, c’est un peu cash, c’est vrai. Mais Isabelle Stengers a ouvert la voie en 2021, en soulignant que dire que « l’homme a atteint les mêmes types de pouvoir que les grandes forces géologiques qui ont modelé notre planète et notre climat [...] [c’est de la] connerie en bâton ». Et on peut même ajouter que les « cènes », dans le domaine écologique, c’est aussi de la connerie en bâton.
L’Anthropocène géologique est une époque géologique, c’est-à-dire un concept scientifique issu d’un consensus scientifique. Le dernier consensus géologique est que l’Anthropocène géologique n’existe pas. Il est donc clair que, pour les sciences humaines, l’Anthropocène désigne autre chose que pour les géologues !
Cette autre chose, c’est quoi ? Tout simplement la période historique pendant laquelle l’humanité transforme le métabolisme de l’écosystème global à un point tel qu’elle compromet sa propre existence. Cela commence avec l’époque contemporaine (vers 1800, avec la machine à vapeur, la révolution industrielle, le post-kantisme, le romantisme et la montée du CO2 dans l’atmosphère : l’intuition générale de Crutzen était juste). Cela dure encore aujourd’hui, même si cela ne peut pas durer, car chacun comprend qu’on ne peut pas compromettre indéfiniment notre propre existence.
Alors, fuck l’Anthropocène parce que les géologues — et c’est avec un master de géophysique et de géochimie que je l’écris — on s’en fout.
Fuck l’Anthropocène parce que l’Anthropocène, c’est ce dont il faut sortir, dans notre propre intérêt.
Fuck l’Anthropocène parce que trop d’écologistes ou de militants politiques postmodernes se perdent dans des visions du monde contre-productives ; ou donnent foi à la science telle qu’elle va, alors même qu’elle est la cause du problème ; ou se contentent d’une morale individuelle — toujours récupérée par les productivistes —, ce qui les condamne à l’impuissance.
Fuck l’Anthropocène parce que l’Anthropocène a déjà été évaporé, dissout, désintégré par les dénialistes de tous poils, et qu’il s’agit aujourd’hui, non de le faire revivre, mais de s’atteler à ce que ce mot désignait de réel (une période de l’histoire humaine devenue histoire naturelle) et de s’en occuper pour sortir de cette période historique. (🔗 note 1)
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La Terre réagit
La situation est pourtant simple et avait déjà été formulée par Michel Serres dès 1990 dans Le Contrat naturel : « La Terre réagit globalement à nos actions locales (🔗 note 2) ». Et il concluait : « La mort ou la symbiose (🔗 note 3) ». En bon épistémologue amoureux des mots, il offrait une synthèse littéraire : Nous nous écrions, comme Galilée [...] la Terre s’émeut ! » (🔗 note 4) C’était un jeu de mots avec le Eppur si muove ! de Galilée, généralement traduit par « et pourtant elle tourne », mais qui veut littéralement dire : « et pourtant, elle est en mouvement » autrement dit : elle se meut. Bruno Latour développera ce jeu de mots dans son Face à Gaïa. (🔗 note 5)
Précisons d’abord : la « Terre » de Michel Serres désigne cette fine pellicule de surface, un peu en profondeur, un peu en altitude, dans laquelle le vivant se déploie, et dont il dépend. Il n’y a pas de mot communément partagé pour désigner cela. C’est ce qu’on peut appeler « l’écosystème global », le « système Terre », « Terra », « la zone critique », « l’écosphère » ou même « Gaïa ». « Écosystème global » est un peu froid, scientifique, mais c’est la formulation la plus universelle : elle ne véhicule ni contresens, ni centrisme, ni Schwärmerei. La Terre qui réagit désigne donc l’écosystème global, pas l’astre du système solaire de Galilée.
Pour avancer, il faut tenter une définition de l’écosystème global. Un écosystème global concerne un astre (par exemple, la Terre). C’est l’ensemble de ce qui permet la conservation du métabolisme du vivant sur un astre, autrement dit, de tout ce qui permet la vie.
Les frontières de cet écosystème sont indéfinies (ni finies, ni infinies). Par exemple, elles plongent sous la croûte terrestre, à plusieurs kilomètres de profondeur, là où des bactéries survivent encore. Mais aussi dans les mouvements du noyau externe de la Terre (entre 3 000 et 5 000 km de profondeur) dont émerge le champ magnétique, sans lequel l’atmosphère serait lentement arrachée par les vents solaires.
C’est une première difficulté pour penser l’écologie contemporaine : de quelle Terre parle-t- on ? Dans le langage commun, la Terre désigne l’astre de Galilée, l’astre cosmique, relativement simple, plus ou moins sphérique et clairement délimité. Dans le langage écologique, la Terre désigne l’écosystème global, radicalement complexe, sans forme stable, sans frontières assignables ou mathématisables (rien à voir avec des fractales).
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Le cas Gaïa
La deuxième grande difficulté vient de Gaïa. Bruno Latour a relégitimé le concept de Gaïa en 2015 dans son livre Face à Gaïa (🔗 note 6). James Lovelock, l’inventeur du concept, écrivait en 1979 (🔗 note 7) : « la Terre est un organisme vivant – Gaïa ». Dans la 3e conférence de Face à Gaïa, Latour fait de Lovelock un nouveau Galilée. C’est un peu excessif (on y reviendra), mais probablement rendu nécessaire, dans l’esprit de Latour, par son objectif vital : faire prendre la mesure du changement de paradigme radical que constitue la mise au jour de l’objet « écosystème global ».
Serres était sans doute le plus proche de la vérité. La Terre n’est pas vraiment un organisme vivant : elle a un métabolisme, comme le vivant en général, et est nourrie et transformée par des flux internes et externes à l’astre Terre. Mais elle n’est pas animée comme le sont les êtres vivants. Elle n’a ni émotions, ni conscience, ni reproduction. Et elle constitue un objet singulier, sinon unique, non démultiplié en de nombreux exemplaires par un mécanisme reproducteur, comme le vivant l’est en général. Peut-être que d’autres planètes vivantes existent. Mais ce n’est pas une proposition scientifique au sens de Popper (on ne peut pas prouver le contraire) : c’est une hypothèse (ou une croyance) légitime. Et de toute façon, les écosystèmes globaux des différentes planètes n’entretiennent pas de relations entre eux, ce qui réduit encore un peu plus la légitimité de l’hypothèse Gaïa.
Regardons de plus près. Le principal argument de l’hypothèse Gaïa de Lovelock est que la Terre possède un métabolisme (🔗 note 8). Celui-ci, comme celui de tout être vivant, contredit localement le deuxième principe de la thermodynamique (l’augmentation naturelle de l’entropie, c’est-à-dire la tendance à la disparition de toute organisation). En effet, ce métabolisme travaille « naturellement » à maintenir l’organisation de la Terre en tant qu’écosystème global, donc en tant que milieu vivant.
Toutefois, cette hypothèse finaliste, crédible pour les êtres vivants, résiste mal, s’agissant de la Terre comme écosystème global, à l’événement que fut « l’holocauste à l’oxygène » (🔗 note 9), survenu après la grande oxygénation de l’atmosphère par les cyanobactéries, il y a environ deux milliards d’années. Cette oxygénation provoqua la disparition de 99 % du vivant. Cet épisode — un « suicide » microbien par asphyxie planétaire — démontre la puissance du vivant, capable de résister, de s’adapter et de se redéployer dans un environnement radicalement transformé. Mais il ne prouve en rien, au contraire, qu’un métabolisme global œuvrerait à préserver les conditions de sa propre survie. Il en va de même pour les cinq grandes extinctions (Ordovicien, Dévonien, Permien, Trias, Crétacé), qui ont chacune éliminé entre 70 et 95 % des espèces vivantes.
Ce que l’on appelle aujourd’hui « Gaïa » est le produit contingent de quatre milliards d’années de crises et d’adaptations. C’est un système capable de détruire la vie — massivement, et peut-être définitivement. Parler de Gaïa et de son métabolisme comme s’il s’agissait d’un être vivant, c’est oublier qu’aucun être vivant n’existe seul : il vit avec d’autres, de son espèce et d’autres espèces. Son métabolisme individuel est aussi un métabolisme statistique de multitude — un métabolisme d’« être-avec » (Heidegger) et de « devenir avec » (Haraway). Ce qui ne correspond en rien à la situation de Gaïa.
Toutefois, l’hypothèse Gaïa a le mérite de faire ressortir l’importance du métabolisme de l’écosystème global, pour la vie en général et pour l’humanité en particulier. La Gaïa de Lovelock demeure une hypothèse séduisante — et féconde, bien que fausse, en ce qu’elle a peut-être permis de faire émerger le concept d’« écosystème global ».
Ce métabolisme global semble, par rétroactions complexes, favoriser des conditions compatibles avec la vie. C’est ce que montrent Lynn Margulis et Dorion Sagan dans Microcosmos (1986), en soulignant par exemple que le taux d’oxygène dans l’atmosphère est à la fois une production du vivant et une condition de sa survie (🔗 note 10). L’équilibre fragile auquel ce métabolisme aboutit peut sembler miraculeux ou inquiétant. C’est en réalité le fruit d’une longue évolution. C’est cette longue évolution qui assure la stabilité et la solidité de chaque composant essentiel, assurant ainsi la forte résilience de la vie elle-même, sans empêcher toutefois la possibilité de transformations rapides, voire de destruction radicale.
Un écosystème global, c’est donc d’abord un système complexe capable de réagir aux comportements de ses composants. Cela signifie que certains composants réagissent aux actions d’autres composants, favorisant certaines configurations et certains composants au détriment d’autres. C’est cela, le métabolisme de la Terre.
Le mot « Gaïa » insiste sur ce métabolisme, sur le processus, sur le mouvement — mais aussi sur un registre symbolique, relevant de l’enchantement, de la croyance ou de l’imaginaire, au sens large. Tandis que l’expression « écosystème global » est plus froide et donne, à première vue, l’idée d’un objet pensable, modélisable et calculable.
Chaque culture, chaque tradition, le nommera autrement (Dreamtime, Pachamama, etc.). Les différences sont importantes. Mais toutes ces formulations renvoient, chacune à leur manière, à un même métabolisme d’interactions biogéophysiques.
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Le cas Lovelock
Il faut souligner que Latour intitule son livre Face à Gaïa, conférant ainsi à Gaïa un statut central, presque héroïque. Il va jusqu’à présenter Lovelock comme une figure comparable à Galilée. Une telle valorisation peut pourtant sembler excessive. Les travaux de Lovelock présentent en effet de sérieuses faiblesses épistémologiques et scientifiques, en particulier lorsque l’hypothèse Gaïa est comprise comme celle d’un super-organisme unifié (conception dont on a déjà souligné ici les limites).
On peut également rappeler que Michel Serres, dans Le Contrat naturel, ne fait aucune référence ni à Gaïa ni à Lovelock, dont il connaissait pourtant nécessairement les travaux. Et l’on notera que Serres, attentif aux ressources symboliques du langage, ouvre son livre sur Goya, avec la description du tableau Duel au gourdin, comme métaphore de notre situation politico-écologique. Le message est clair et plein d’ironie : Serres préfère Goya à Gaïa.
La deuxième section du Contrat naturel revient d’ailleurs sur Achille et sur l’Iliade, car la mythologie grecque, Serres la connaît de l’intérieur — il lui a consacré toute une série d’ouvrages, dont Hermès. À l’inverse, le nom même de « Gaïa » chez Lovelock relève davantage d’un emprunt contingent, issu d’une suggestion amicale, que d’un véritable ancrage mythologique. Autrement dit, le mot « Gaïa » n’a chez lui qu’une valeur métaphorique superficielle, là où, chez Serres, les références mythologiques participent pleinement de l’élaboration conceptuelle.
Il faut enfin rappeler que, bien après le travail de Serres, l’hypothèse Gaïa a conduit Lovelock, autour de 2005-2006, à adopter des positions ouvertement malthusiennes, allant jusqu’à envisager la disparition de près de six milliards d’êtres humains — soit plus de 90 % de la population mondiale de l’époque, autrement dit une véritable extinction de masse — comme condition d’une Terre jugée « viable » ; tout en se situant, sans surprise, lui-même, sa famille et sa communauté, du côté des survivants.
Au-delà du dégoût que peut inspirer une telle proposition, il faut surtout noter que, malgré un vocabulaire holiste, Lovelock reconduit en réalité un dualisme moderne entre Nature et Culture : Gaïa demeure pour lui, comme pour la modernité, un espace dont l’humain se pense maître et possesseur, voué à être exploré, exploité et conquis, plutôt qu’une co-construction historique de l’ensemble des vivants.
Bref, de ce point de vue, il n’était pas raisonnable de déterrer Gaïa.
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Gaïa malgré tout
Tout cela, Bruno Latour le savait. Mais les formules de Michel Serres — « la Terre réagit », « la Terre s’émeut » —, certes justes, n’ont pas été théoriquement fécondes. Il était donc nécessaire de « déterrer » Lovelock pour faire entrer Gaïa, entendue comme écosystème global, au cœur du débat. Car c’est là l’objet scientifique central de notre époque, probablement le seul qui permettra les révolutions ontologiques et épistémologiques — donc politiques — à venir.
C’est l’objet nécessaire pour devenir enfin moderne, pour parler comme Latour (autrement dit, réellement scientifique).
C’est Gaïa qui permettra de prouver la réalité de l’ontologie relationnelle, et d’abandonner l’ontologie moderne d’objets distincts de leurs relations historiques les uns avec les autres.
C’est encore Gaïa qui permettra de fonder une rationalité relationnelle et systémique du vivant et de la matière en général, rationalité souvent rendue indécidable par la multiplicité des interactions et des rétroactions.
C’est enfin cette figure de Gaïa, quelle que soit la formulation et la représentation qu’on en donne, qui réenchantera le monde en détruisant l’hégémonie du dualisme Nature-Culture, en ouvrant les sociétés occidentales à toutes les autres Gaïa, sans qu’aucune n’en domine une autre.
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Notes de fin de document
🔗 note 1 :
La littérature sur l’Anthropocène est foisonnante depuis le début du XXIe siècle.
On peut notamment citer l’article fondateur de Paul J. Crutzen, Geology of Mankind (2002), qui
introduit le concept dans le débat scientifique. Une version anglaise, accompagnée d’une traduction française,
est disponible ici :
🔗 Geology_of_mankind.pdf
Dans le champ des sciences sociales, Pierre Charbonnier montre, lors de son intervention au
colloque
Comment penser l’Anthropocène (Collège de France, 2015), que le terme sera massivement investi pour
contrer le climatoscepticisme ambiant.
Vidéos du colloque :
🔗 ici
Vidéo de l’intervention de Pierre Charbonnier :
🔗 ici
Parmi les ouvrages majeurs, on peut signaler :
• Christophe Bonneuil et Jean-Baptiste Fressoz, L’Événement Anthropocène, Paris, Seuil, 2013
(mise à
jour 2016 dans la collection « Anthropocène », renommée « Écocène » fin 2023, peu avant l’abandon
du concept par les instances géologiques).
• Donna Haraway, Vivre avec le trouble, Paris, Des Mondes à faire, 2016, qui introduit
notamment le
concept de Chthulucène dans les chapitres « Une pensée tentaculaire » (pp. 53–112) et « Faites des
parents » (pp. 217–233).
• Jason W. Moore, Le Capitalisme dans la toile de la vie, Paris, L’Asymétrie, 2020, chap. VII
: «
Anthropocène ou Capitalocène », pp. 237–267 ; et L’Écologie-monde du capitalisme, Paris, Amsterdam, 2024, « Le
Capitalocène », pp. 49–180.
Le terme Plantationocène a été proposé par Donna Haraway, Anna Tsing et d’autres chercheuses féministes et
postcoloniales lors d’un atelier en 2014, comme alternative ou complément critique à l’Anthropocène et au
Capitalocène.
Dans une longue interview de 2021 (Les possédés et leur monde), Isabelle Stengers soutient que
le
Capitalocène constitue une explication, mais non une raison de lutter ; que le Chthulucène insiste à juste titre
sur l’interdépendance des êtres — à l’opposé de l’autonomie individuelle moderne — mais « loupe la transition »
; et que l’Anthropocène, en affirmant que « l’homme a atteint les mêmes types de pouvoir que les grandes forces
géologiques », relève d’une « connerie en bâton » (sic).
Vidéo de l’interview :
🔗 ici
Elle conclut : « Il n’y a qu’une intrusion de Gaïa ». On peut toutefois soutenir, à la suite de Michel
Serres,
qu’il ne s’agit pas tant d’une intrusion de Gaïa que d’une intrusion de l’humanité moderne dans Gaïa — ou d’un
retour légitime de Gaïa dans la géographie dévitalisée des Modernes : « la Terre réagit » (Le Contrat
naturel,
1990).
Avant même l’Anthropocène, le Post-Anthropocène était déjà esquissé dans La Vague montante de
Marion Zimmer Bradley (1955), roman de science-fiction où des astronautes du XXe siècle reviennent sur
Terre après plusieurs centaines d’années terrestres de voyage, qui n’ont compté que quelques années pour eux —
dans l’indifférence totale des Terriens devenus ce que l’on peut attendre des humains du Post-Anthropocène.
Avant l’apparition du mot Anthropocène, Val Plumwood, philosophe australienne, publiait dès 2002
La Crise écologique de la raison (traduction française, PUF / Wildproject, 2024), proposant une critique
du rationalisme moderne devenu fou, anthropocentrique, androcentrique, dualiste, monologique et autonomiste.
Interlude ironique, non réaliste.
Une planète vivante rencontre une autre planète vivante.
— Bonjour, comment ça va ?
— Mieux, merci. J’ai eu un coup de chaud, j’avais attrapé l’humanité. Mais ça y est, je m’en suis
débarrassée.
Le terme « Anthropocène » a été repris par certains responsables politiques de premier plan, notamment
Jean-Luc Mélenchon en janvier 2017 :
🔗
anthropocene-le-mot-de-notre-siecle
Du côté des sciences de la Terre, les géologues se sont longtemps interrogés sur l’opportunité de formaliser
l’Anthropocène comme époque géologique. Le 21 mars 2024, l’IUGS (International Union of Geological Sciences) a
officiellement annoncé le rejet de cette proposition. Le Monde du 3 avril 2024 rapporte : « le vote pour rejeter
la proposition d’une époque Anthropocène comme unité formelle de l’échelle des temps géologiques a été approuvé
».
Article du Monde du 3 avril 2024 :
🔗 officiellement-la-terre-n-est-pas-entree-dans-l-anthropocene
Texte de l’IUGS (nternational Union of Geological Sciences) du 20 mars 2024 :
🔗 ici
La Terre réagit :
🔗 note 2 :
Michel Serres, Le contrat naturel, Paris, François Bourin, 1990, « Contrat naturel », p.61.
🔗 note 3 :
Michel Serres, Le contrat naturel, op. cit., p. 61. « [La nouvelle nature] réagit
globalement
à nos actions locales... Il faut donc changer de direction et laisser le cap imposé par la philosophie de
Descartes ... Voilà la bifurcation de l'histoire : ou la mort ou la symbiose. »
🔗 note 4 :
Michel Serres, Le contrat naturel, op. cit., « Science, Droit », p. 136.
🔗 note 5 :
Bruno Latour, Face à Gaïa. Huit conférences sur le Nouveau Régime Climatique Paris, La
Découverte, 2015, 2e conférence : « Comment ne pas (dés)animer la nature », pp. 80-81.
Ce livre marque une bifurcation décisive dans la réception du terme « Anthropocène » et de la réalité qu’il
recouvre. C’est un retour aux fondamentaux : à « la Terre qui s’émeut » de Michel Serres (Contrat naturel, 1990)
et surtout à « Gaïa » de James Lovelock (Gaia: A New Look at Life on Earth, 1979).
Le cas Gaïa :
🔗 note 6 :
Bruno Latour, Face à Gaïa, op. cit., 2e conférence : « Comment ne pas (dés)animer la nature »,
pp. 57–99.
Les sources de base en sciences dures sont les travaux de Charles David Keeling (1928-2005) sur la
mesure du CO2
au Mauna Loa depuis 1958, ainsi que ceux de Michael E. Mann (né en 1965) sur l’évolution des températures
au
cours du dernier millénaire, célèbre pour la « courbe en crosse de hockey » (pp. 57–60).
La question de « ne pas (dés)animer la nature » constitue le cœur du propos. D’un côté, il s’agit de ne pas
animer la nature, au sens animiste, mythologique ou polythéiste — c’est-à-dire de ne pas lui attribuer des
qualités qu’elle n’a pas. De l’autre, il s’agit de ne pas désanimer la nature à la manière des Modernes galiléo-
cartésiano-kantiens, en la réduisant à un entendement mort et à une physique morte, entièrement calculables. En
2015, Latour choisissait ainsi de penser Gaïa avec Lovelock et Serres plutôt que de participer au colloque
« Penser l’Anthropocène» au Collège de France, marquant un déplacement théorique décisif hors de la
problématique anthropocénique.
🔗 note 7 :
James Lovelock, Gaia: A New Look at Life on Earth (1979). Traduction française : La Terre
est un être vivant : l'hypothèse Gaïa, Paris, Flammarion, coll. « Champs », 1983.
Dans son introduction, Lovelock présente « son hypothèse voulant que l’atmosphère de la Terre soit
préservée et régulée de manière active par la vie évoluant à sa surface » (p. 37) et sa définition de Gaïa
comme «système [...] qui recherche un environnement physique et chimique optimal pour la vie » (p. 40).
Autrement dit : la température de la Terre, la composition de l’air, l’acidité des océans sont régulées
activement comme si la planète était un organisme vivant. Mais l’oxygénation massive de l’atmosphère au
Paléoprotérozoïque (vers 2,4 milliards d’années), produite par l’activité du vivant lui-même et associée à
l’extinction de la quasi-totalité des formes de vie alors existantes, détruit l’hypothèse d’une atmosphère
régulée par la vie pour la vie. L’holocauste à l'oxygène montre que les dynamiques biogéochimiques sont capables
de transformations globales létales, sans finalité conservatrice ni téléologie régulatrice.
🔗 note 8 :
Le métabolisme est aujourd’hui un concept fécond de l’écomarxisme.
🔗 note 9 :
Lynn Margulis et Dorion Sagan, Microcosmos: Four Billion Years of Evolution from Our Microbial
Ancestors (1986).
Traduction française : Microcosmos. 4 milliards d’années de symbiose terrestre,
Wildproject, 2020, chap. 6, p. 136 : « Holocauste à l’oxygène ».
🔗 note 10 :
Lynn Margulis et Dorion Sagan, Microcosmos, op. cit., p. 154 ;
repris dans Gaïa, sexe et catastrophe, Paris, Wildproject, 2024, Préface de
Myriam Bahaffou, p. 80 :
« Si le pourcentage d’oxygène était supérieur de quelques pour cent, même les êtres vivants
s’enflammeraient spontanément. S’il diminuait un tout petit peu, les organismes aérobies commenceraient à
s’asphyxier. La biosphère maintient un compromis heureux depuis plusieurs centaines de millions d’années.
»